Orientation artistique

 

« Je voudrais pouvoir dessiner les effluves qui circulent entre les personnes. J’aimerais aussi peindre l’homme en dehors de lui, peindre son espace. »

Henri Michaux, En pensant au phénomène de la peinture, in Passages, p. 67.

L’histoire de l’art a voulu diagnostiquer à plusieurs reprises une mort de la peinture. Malgré ces effets d’annonce, les artistes n’ont eu de cesse de prolonger leur exploration de ce médium, allant jusqu’à le mettre en doute : en incluant de nouveaux paramètres, en revendiquant sa porosité et en élargissant ses champs d’investigation.
Les artistes invités par L’H du Siège s’inscrivent dans cette histoire de la peinture : ils l’ont traversée, en ont assimilé les enjeux et poursuivent leurs prospections. Ils laissent derrière eux le faux débat de la mort du médium et du clivage obsolète au sein duquel abstraction et figuration seraient renvoyées dos à dos.
C’est dans ce contexte que L’H du Siège échafaude son projet artistique qui embrasse une picturalité élargie au service d’expériences esthétiques fondées sur la physicalité, la corporéité, la spatialité des œuvres en interaction avec les spectateurs. Cet engagement artistique se structure autour de trois axes principaux.

1. La peinture comme fait
Le projet artistique porté par L’H du Siège veut mettre en exergue des artistes qui revendiquent un dépouillement, une sobriété du geste et une économie de moyens à même de besogner le médium à la racine. Attaché à l’activité interne et intense de la peinture – l’émergence de la forme, sa genèse – le tableau devient le lieu d’une rencontre, un acte, un instant de cristallisation du réel. La dimension poïétique du travail artistique est attachée à une heuristique du faire au sein de laquelle le travail de la main et du matériau est fondamental. Véritable laboratoire où il est autant question de gestation que de construction, la peinture devient véritablement un acte de présence au monde. Un fait.

Il sera question d’une picturalité convoquant les corps et les regards, prenant en compte son contexte et célébrant par là son lien originel entretenu avec l’architecture. Les œuvres marqueront une ponctuation physique de l’espace. Qu’ils s’agissent d’interventions murales ou sculpturales, d’installations in situ, monumentales ou immersives, dès lors que le lieu est « travaillé » par l’œuvre  – voire qu’il devient déterminant dans sa mise en espace – le spectateur change de statut.
Au sein de cette picturalité élargie, le regardeur se trouve lui-même incorporé dans l’espace picturalisé. Son expérience esthétique et son rapport au monde s’en trouvent alors transformés.

Les artistes qui seront invités par le centre d’art à produire de nouvelles œuvres, évoluent au sein de démarches artistiques incarnées et enracinées dans la présence physique de leurs créations. Cette corporéité des œuvres, leur approche littérale et intransitive, se traduit par une prégnance de leur matérialité. Sont mis en avant le cadre, le support, l’objet tableau, le pigment, la couleur, la relation fond-forme, le geste, l’acte de recouvrement…
Il s’agit de questionner les paramètres irréductibles de la peinture, et ce, au-delà de sa seule surface.
Révélant armature, squelette, carcasse, fondation, l’objet-toile est travaillé, déconstruit, remis en jeu au risque même de sa disparition. Sont proposés des objets picturaux entre bi et tridimensionnalité.


2. Vers une picturalité élargie

Le projet artistique et culturel de L’H du Siège propose une programmation d’expositions futures, qui met en avant des artistes poussant le médium et ses paramètres dans ses ultimes retranchements, en affirmant son caractère d’objet pictural. Certains d’entre eux vont dilater plus encore ses frontières vers une forme de picturalité élargie.
Les propositions artistiques – à la croisée du pictural, du sculptural, de l’installation et de la performance – vont contaminer l’espace d’exposition, s’y déployer, l’embrasser, l’étreindre, le mettre à l’épreuve. En effet, dans une volonté de faire reculer les murs et de quitter la frontalité, certains artistes engageront des expérimentations qui induiront un développement du pictural dans l’espace.

3. S’essayer, percevoir, éprouver, habiter
Les expositions élaborées par L’H du Siège outrepassent une réception exclusivement optique et visuelle. Elles assument un engagement du regardeur au travers d’expériences phénoménologiques singulières. S’abolit alors la distance avec l’œuvre et sa frontalité. En activant l’œuvre par notre présence même, nous essayons le réel. L’espace ainsi transformé par l’acte pictural devient le lieu d’une forme de célébration ; celle de la présence réelle des corps dans l’espace.
L’équation sans cesse rejouée d’un corps/un lieu/des matériaux implique une expérience pratique et concrète pour le spectateur, le renvoyant à sa posture de responsabilité face au monde, à sa manière de l’éprouver et de l’investir. Se réunir et se retrouver en confrontation directe avec un geste artistique dans un lieu précis, c’est aussi partager des expériences sensibles et intersubjectives au sein d’un espace  commun.
La nécessité « d’habiter le monde en poète », évoquée par Hölderlin en 1823 dans son poème En bleu adorable, trouve pleinement sa résonance dans le projet artistique porté par le centre d’art et renvoie, en ce sens, à une portée sociale et politique. Si l’art a une spécificité et ne se résume pas à une marchandise ou à un divertissement, son expérience doit cristalliser des engagements et des attitudes. Habiter poétiquement le monde, c’est en finir avec les regards dominants et mettre en lumière des postures et des pratiques qui murmurent et qui suggèrent plutôt qu’elles n’affirment ou imposent.            

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