Bernard Joubert

Exposition parcours –  » Équivoques : photographier la peinture, peindre la photographie « 

Bernard Joubert est né en 1946 à Paris, où il vit et travaille actuellement.
L’exposition Parcours au Centre d’Arts
L’H du Siège revient sur certains moments de la trajectoire de l’artiste au travers du prisme inédit des rapports entre peinture et photographie. Dès ses débuts, l’artiste interroge les paramètres, les outils et les procédés de la peinture en travaillant sur toile libre (sans châssis) ou directement en traçant au tube des lignes de couleurs. Il cherche à décloisonner la discipline en la réduisant à l’essentiel. Dès 1973, le support disparaît alors qu’il développe un travail avec des rubans de toile en coton peint : de  »simples » lignes colorées posées directement sur les murs des galeries, délimitant ainsi des surfaces géométriques. Ces rubans, formant souvent deux horizontales espacées, laissent imaginer de grands carrés ou rectangles jamais clos. Ces lignes fonctionnent comme des tableaux, des recadrages ouverts dans les espaces d’exposition. Ils focalisent l’attention, redécoupent l’espace, orientent notre regard. Quand l’artiste décide d’installer de manière éphémère ses rubans colorées directement dans l’espace urbain, les murs blancs des galeries laissent place à des surfaces vivantes, texturées, salies, portant des marques et des inscriptions.
Photographier la peinture…
Cette série inaugurale des rubans, réalisée à Strasbourg (où l’artiste a vécu entre 1968 et 1976), immortalisée en photographie noir et blanc est présentée ici pour la première fois dans l’exposition à Valenciennes. Moment de bascule dans la démarche de l’artiste, les interventions de ces lignes en extérieur viennent s’inscrire dans des espaces non-neutres, proposant de nouveaux tableaux et questionnant l’ambiguïté de notre regard. Que voit-on réellement : deux lignes, un environnement urbain ou les deux à la fois ? Le peintre questionne ainsi la relation entre ce qui est fixe et variable en inversant les tendances, célébrant un regard toujours actif face aux œuvres. Il poursuit ce travail dans d’autres villes du monde (Paris, New York, Bruxelles, Venise…). Le noir et blanc de l’argentique, au départ envisagé comme documentaire, devient ici un geste à part entière dans la pratique picturale. La photographie fige une action éphémère, tel un tableau dans le tableau.
… peindre la photographie.
Depuis 1976, Bernard Joubert est par ailleurs amateur – et grand collectionneur – de photos anciennes. En 2012, il extraie des éléments de sa collection personnelle qui vont devenir support pour sa peinture. Le cycle de grande ampleur intitulé Encyclopédie Florale investit une cinquantaine de planches botaniques (en phototypie) sur lesquelles viennent s’apposer des reproductions peintes à l’identique d’aquarelles réalisées en amont, d’après des œuvres de Paul Cézanne. Ainsi, une série de peintures indépendantes, réalisées en lien avec un artiste emblématique de l’art moderne, viennent s’apposer sur un autre élément. De là naît un dialogue végétal et couleur inédit.
Concomitance de deux éléments
Ce principe de « mettre une chose sur une autre qui pourrait être ailleurs » constitue la colonne vertébrale d’une importante série de travaux intitulés les Temps Simultanés, au sein desquels l’artiste marrie ensemble des travaux d’époques différentes. Des rubans colorés issus de ses œuvres des années 70/80 viennent s’apposer sur ses propres photographies (New York), des images tirées de films (Les centaures) ou encore issues de sa collection (planches scientifiques, reproductions de peintures ou de sculptures antiques…), engageant plusieurs hommages et clins d’œil à l’Histoire de l’Art ancien et à celle de la Photographie.
Loin d’être une juxtaposition aléatoire ou surréaliste, les éléments sont minutieusement agencés, résultant d’un long processus à l’atelier. Ils sont intimement liés, tout en gardant leur indépendance. En revisitant ainsi les œuvres anciennes et les images de sa collection, Bernard Joubert crée des passerelles inattendues entre une approche géométrique abstraite et plus figurative, ancrée dans l’art ancien et moderne, en relation étroite avec la photographie. Il aime parler de la manière dont notre regard se renouvelle quand on revient voir une œuvre aimée de manière répétée. Il célèbre ainsi une relation à la peinture toujours vivante.
[1]À cette époque, le contexte artistique français, avec le mouvement Supports/Surfaces, rejoint des préoccupations voisines. Aux États-Unis, de manière plus confidentielle, c’est le moment où émerge l’Art Minimal.[2] Alors que dans un musée, les murs blancs renvoient à quelque chose de neutre et l’œuvre à quelque chose de variable (au gré de la perception des spectateur.ice.s). Ici ce sont les rubans restent immuables et identiques alors que les espaces urbains environnants changent, déplaçant et reconfigurant nos perceptions. Revendiquant l’équivoque, la prise de position de l’artiste prend le contrepied de l’affirmation du peintre minimaliste américain Frank Stella selon qui « Tout ce qui est à voir est ce que vous voyez. »[3] Propos de l’artiste.[4] Légendés avec trois dates.[5] Michel-Ange, Carpeaux, Goya, Dürer, Le Lorain… L’artiste est un amoureux du Louvre qu’il visite régulièrement.

Visible du 28 mars  septembre au 27 juin 2026 ouvert du mardi au samedi de 14h à 18h

fermé les jours fériés, entrée gratuite,

 

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